Adieu, peut-être pas, mais pas certain que l’on se revoit. Le film est l’illustration un peu laborieuse, conventionnelle, d’une histoire qui ne l’est pas. Monsieur Haffmann est un bijoutier qui au moment où le régime de Vichy se lance dans le recensement des juifs, décide d’envoyer sa femme et leurs trois enfants en zone « nono ». Les dispositions qu’il prend par ailleurs, vous les découvrirez à l’écran. Elles vont enclencher tout un processus très complexe, intéressant et original que le contexte de guerre rend possible, mais pas seulement la guerre. Petit à petit, par des dialogues, des regards, une dynamique entre les protagonistes, nous sommes témoins « d’estompements de la norme » qui rendent les rapports entre eux exacerbés. L’histoire est menée de façon assez académique et il m’a semblé que le film manque de ce souffle qui en aurait fait une œuvre marquante. Pourtant tout est bien. Le jeu des acteurs, irréprochable, même Sara Giraudeau, femme enfant exaspérante à la voix mal placée, est convaincante dans le rôle que le destin et son mari lui imposent. Ce qui n’empêche pas de la voir dans de brèves scènes de repasseuse qui illustrent bien ce sentiment de platitude conventionnelle qui se dégage trop souvent du film. Les décors sont soignés, accessoirisés avec beaucoup de minutie, mais de façon convenue. En partie à cause des contraintes « post confinement » dues au covid, les extérieurs de Paris sont étriqués, les mêmes rues pavées, quelques voitures d’époque et les devantures des commerces « montrent » plus qu’elles ne donnent vie à cet environnement un peu factice. La scène de rafle semble très minimaliste, faute de moyens sans doute, de possibilités aussi à cause de la crise sanitaire qui a perturbé le tournage. L’accent est porté sur le rôle épouvantable qu’a joué la police française à l’époque, ce qui est en quelque sorte un coup de semonce en ces temps où la police donne à nouveau du bâton à tout va. La photographie du film est intéressante, mais une fois encore, elle semble jouer toujours les mêmes notes de brun, avec des taches de lampes chaudes, quelques entrées de lumière du jour pour accentuer le sentiment d’enfermement, d’étouffement dans cette maison où, doucement, lentement, se noue un drame qui est aussi d’ordre psychologique. Le goût de « la belle image » est très perceptible chez cet ancien photographe de mode. Et le parti pris de plans, le plus souvent fixe, tournés avec des optiques de cinémascope pour couvrir un large champ, finit par appesantir plus qu’il ne contribue à l’ambiance claustrophobe dans laquelle ce trio vit des moments si éprouvants pour chacun. Ce film est le sixième d’un réalisateur qui a eu certains succès, dont Le Jeu (555) qui déjà, montrait une façon de faire qui semble typique de ce style de réalisation. Un quasi huis-clos, le recours intensif au dialogue pour faire avancer l’histoire faite de suspens et de comédie mêlés, et une inspiration trouvée ailleurs, ici dans une pièce de théâtre, éponyme mais très librement adaptée. La bande sonore est intéressante, en dépit des dialogues parfois inaudibles, cinéma français oblige, et l’usage conventionnel des airs de l’époque, mêlés au piano et à quelques moments radiophoniques, donnent une bonne idée de ce qu’a dû être l’environnement sonore de ce trio replié sur lui-même. Un film à voir car s’il n’est pas entièrement convaincant, il mérite une grande attention et il a la nécessaire vertu de rappeler, de montrer, ce dont un régime non démocratique peut engendrer comme abominations dans un racisme viscérale que d’aucuns expriment à nouveau sans aucune retenue. C’est à eux qu’il faudrait dire « Adieu ».
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