Parfaitement cuit et assaisonné, un vrai régal. Voilà un film dont l’affiche et le titre inspirent peu, façon comédie franchouillarde. Et oh ! Surprise, nous sommes embarqués, certes dans un film feel good, pour employer cette expression un peu condescendante qui désigne des films faciles à digérer, mais ici la recette est de très bonne qualité. C’est d’abord de l’actrice exceptionnelle dont il faut parler, qui peut jouer à rôle égal avec les meilleures anglaises ou américaines. Elle n’a pas un charme qui crève l’écran, elle n’est pas du tout d’un genre mannequin, mais elle est une interprète d’une exceptionnelle richesse, d’une incroyable justesse dans toutes les situations et dans tous les registres. Et elle en fait la démonstration tout au long d’une histoire dont elle est le pivot. Géraldine Pailhas n’est pas une débutante, elle a derrière elle trente ans de carrière dont plusieurs films avec Ozon, e.a. Jeune et jolie (033) et il y a peu Tout s’est bien passé (853) mais je n’avais jamais retenu d’elle un rôle aussi majeur que celui qu’elle assume ici, sous la direction de son mari, fils de Danièle Thomson, petit-fils donc de Gérard Oury. Une généalogie qui a démontré que la qualité d’un scénario est irremplaçable pour la réussite d’un film, surtout s’il se veut léger, amusant, sans de ces sujets qui sont toute une histoire par eux-mêmes. Ici l’histoire est totalement et admirablement construite, sans quitter le ton primesautier de la comédie. Le récit aborde avec retenue des thèmes tels que le respect animal, la qualité de la viande, la tradition et la modernité, l’artisanat et la grande distribution. Cela enracine l’histoire dans une sorte de réalité qui ne risque pas de convaincre les véganes.
Allez admirer Géraldine Pailhas dans un rôle absolument étonnant, car il semble être la vie ordinaire d’une femme dans la quarantaine qui a du caractère mais aussi des failles, de l’ambition et des faiblesses. En plus ses répliques me semblent très bien écrites et son
partenaire principal, Arnaud Ducret est parfaitement à la hauteur, un de ses acteurs français dans la quarantaine comme il y en a de nombreux, aux talents bien établi, mais peut-être un peu interchangeable.
Vous apprécierez aussi la grande inventivité des positions de caméra dans des décors exigus, les cadrages ingénieux, des mouvements qui épousent chaque fois le rythme de la comédie et le montage qui est très efficace. La bande sonore est très travaillée ce qui contribue aux ambiances et aux émotions, aux rires aussi. Le son, film français oblige, nous empêche souvent de comprendre certaines phrases. Mais il y en a beaucoup, alors cela ne gêne qu’occasionnellement et l’usage du « louchebem », le jargon des bouchers, cette déformation des mots selon la technique du « largonji » est une curiosité amusante. C’est une forme d’argot encore utilisé dans la corporation qui consiste à commencer tous les mots par un L puis d’inverser les syllabes et de terminer de façon arbitraire par un suffixe ajouté.
Ce détail dans le film induit évidemment que le métier de boucher est une sorte d’aristocratie, comme le milieu de la haute-couture dans lequel travaille Géraldine Pailhas. Et la confrontation, le mélange de ces deux univers est à la fois amusant et audacieux. La défense de l’excellence française…
Stéphane De Groodt tient un petit rôle marquant, le Belge de service qui, avec quelques prestataires techniques justifient l’évasion fiscale du tax shelter pour un film qui n’a strictement rien de belge. Même pas de viande « blanc-bleu » !