Filmé en Panavision, ce trop long film de 2 heures et huit minutes est à voir sur grand écran, les images sont exceptionnelles, d’une magnifique et rare splendeur. Mais l’histoire un peu ténue est tirée en longueur. L’atmosphère de western très appuyée, clichée, et des personnages bruts de décoffrage qui contrastent avec un jeune garçon fragile, sensible et délicat, une veuve alcoolique honteuse, un couple contrasté de deux frères, tout cela forme une galerie qui sent le vieux cuire, le cheval et le bétail. Pas de chien… Et peu de pouvoir, hélas.
Comme peu de choses se passent pendant que les images défilent, le spectateur à le temps de considérer mille détails et les scènes significativement appuyées pour décrire ces personnalités enfermées dans des corsets psychologiques caricaturaux qui contrastent avec un environnement sans limites, sorte de thèse et d’antithèse un peu lourdingue. Car le film pêche, à mes yeux, d’une trop frêle intrigue. Oui, les regards, oui les images très belles et fortes sont supposés construire une vision subtile et nouvelle de la virilité dans ses aspects contrastés et consternants. Mais au-delà de ce qui ressemble à des tableaux de genre qui captent des œil-lades malicieuses entre personnages qui essayent, qui se jaugent
avant de, peut-être, se rapprocher, il n’y a guère de récit. Une lecture au second degré vous fera voir successivement l’émasculation d’un taureau à mains nues, le face à face de deux bovidés dominants, la mise en place d’un immense pieu dans un vaste trou, la dépose sous le lit d’un lien tressé d’un cuir mortel, comme autant de symboles qui développent un discours parallèle à l’histoire. Tout cela est admirablement filmé, interprété, avec de multiples moments originaux qui, hélas, ne structurent pas de façon puissante ce récit qu’une somptueuse musique essaye de nous rapprocher d’une allégorie qui, à mes yeux n’arrive pas à s’imposer.
Petit supplément culturel, la phrase Deliver my soul from the sword, my darling from the power of the dog est issue de ma lecture favorite, le psaume 21 verset 21 du psautier des septante qui a inspiré le titre du roman de Thomas Savage adapté par la réalisatrice.
Et petite précision utile sur la « maladie du charbon », il s’agit d’une infection causée par une bactérie sporulée présente dans le bétail et qui, avant les antibiotiques, n’était pas toujours soignable.