Et bon appétit. Car c’est fastueux. Par tant d’aspects.
Le sujet d’abord, celui du « genre » comme il convient de dire aujourd’hui.
L’acteur réalisateur, en plus, joue le rôle de sa propre mère. Éblouissant, stupéfiant et parfaitement maîtrisé. Appréciez les plans dans lesquels ils se retrouvent à deux, se donnant la réplique dans le même champs ! Quelle prouesse...
Ce qui m’a le plus fasciné c’est le scénario qui déroule un récit à plusieurs niveaux : la confession, la comédie quasi boulevardière, le suspens psychologique, le portrait d’une famille comme l’on en a croisé des centaines dans le XVIème arrondissement, véritable source d’inspiration du cinéma français banal.
Ici rien n’est banal. Même les scènes qui semblent sorties de A nous les petites anglaises portent en elles une souffrance, une sensibilité délicate, singulière qui retient l’attention et nourrit les réflexions qui nous viennent tout au long de ce film subtilement ambigu, à l’image du choix sexuel de son héros.
Sommes-nous dans la farce façon Cage aux folles, dans le psychologique nourri du désarroi d’un être singulier, dans la fresque sociale d’une famille « spéciale » ?
Ces questions ne trouvent pas de réponse car tout cela parfume ce film incomparable, étrange et envoûtant autant qu’amusant et plein de questions qui vous restent longuement à l’esprit car elles interrogent chacun de nous sur ce qui déclenche nos catégories intellectuelles, nos préjugés, nos maladresses vis-à-vis de ce qui n’est pas d’une lisibilité immédiate, simple, normée.
Ici il faut se remettre en question, comme parent, comme observateur des différences assumées avec plus ou moins de facilités - et de bonheur - par d’autres, qui vivent parmi nous sans que peut-être nous ayons jamais compris leur ressenti profond de ce que nous considérons comme normal et qu’ils vivent différemment.
Allez, ne nous sentons pas coupable, et profitons aussi d’un film drôle, léger dans son traitement, plein de talents.