Le voyage sera rude ! Une jeune femme s’apprête à quitter Moscou en plein hiver pour un voyage de 50 heures dans le train allant vers Mourmansk. Près de 2.000 km plein nord, le long de la frontière de la Finlande vers le rivage glacé de la mer de Barents. Le port de la plus importante ville au nord du cercle arctique reste accessible toute l’année grâce au Gulf Stream mais le sol lui, reste gelé en permanence. Cette ville a connu son premier développement au moment de la Révolution russe, puis a prospéré grâce à sa position stratégique et ses activités militaires et halieutiques. Les Nazis ont tout détruit mais n’ont pu occuper ce port essentiel.
Sur une île du lac Kanozero, dans la région de Mourmansk, en 1997, des pétroglyphes datés de 3.000 ans avant J.C. sont découverts. Il y en aurait plus de 850 et leur signification reste un mystère.
C’est ce site que Laura, l’héroïne finlandaise du film, veut visiter. Ses adieux à son groupe d’amis nous font comprendre qu’elle est proche d’une autre jeune femme, intellectuelle russe, qui renonce à l’accompagner. L’atmosphère de la fin du siècle dernier est bien rendue par certains détails comme l’usage du polaroïd, d’une caméra vidéo à cassette…
Et le train est dans un état de vétusté qui fait craindre à chaque étape, et elles seront nombreuses, qu’il ne puisse reprendre sa route glacée.
Voilà planté le décor d’une odyssée qui va nous amener à découvrir les petites choses de la vie dans ce type de voyage, mais qui aussi est une espèce de métaphore de la rencontre surprenante, autant redoutée qu’irrésistible, entre deux êtres que tout oppose. Le personnage masculin, Ljoha, est en soi toute une aventure.
Les petites choses sont nombreuses et vous les apprécierez chemin faisant : la source d’eau pour le thé, le restaurant dont l’approvisionnement devient incertain, les dortoirs de 3e classe, les sanitaires, les villes étapes, … Et les deux personnages qui sont assez peu conventionnels ! A découvrir à l’écran.
Les images sont nocturnes, filmées avec un très grand sens des ambiances, une sorte d’élégance de la décrépitude. Et une agilité exceptionnelle dans cet environnement exigu qu’impose les couloirs et les compartiments de chemin de fer.
Quelques moments hors du train, lors de brèves étapes, permettent des sorties qui sont autant de découvertes qui font progresser la relation entre les protagonistes. Une mention toute particulière pour la bande sonore qui m’a semblé d’une subtile richesse, avec une multitude d’éléments qui nous accompagnent, presque sans musique, sans silence, et presque sans bruits, seuls ceux du voyage.
Le sujet sous-jacent est « bateau » si j’ose, celui de la rencontre de deux êtres improbables que tout devrait éloigner. Et pourtant, le mystère de l’âme humaine, la curiosité peut-être, une forme de prise de risque pousse ces deux jeunes l’un vers l’autre et la fin donnent l’impression que leurs vies ont été transfigurées.
Le serez-vous par ce voyage ? Prenez le risque, il est sans danger mais plein de promesses, celles de discussions déchaînées entre
« pro » et « anti » comme chaque fois qu’un film doit se mériter.