Mais aussi maladroit que soit le récit, les acteurs le défendent avec une vigueur et un talent admirable. Jérémie Renier est, me semble-t-il, une vraie créature de cinéma, il occupe totalement l’écran et est capable d’exprimer tout le spectre des émotions que requièrent les rôles qu’il défend toujours admirablement. Il a une partenaire que je découvre, Alma Jodorowsky dont la carrière a été remarquée déjà par plusieurs cinéastes, pour la télévision et le long métrage, par Lancôme et Karl Lagerfeld mais aussi comme membre d’un groupe de rock dream pop (ce n’est pas le nom du groupe, c’est le genre musical) ce qui explique l’admirable début de ce film où, a cappella, l’actrice interprète Un jour tu verras de Mouloudji sur un air sublime de Georges Van Parys. Un immense frisson ! Et une belle parabole de l’histoire du film.
Ce qui justifie à soi seul d’aller voir le film qui illustre, une fois encore, que le travail du scénario doit être très approfondi.
Les styles de tournage reflètent un peu cette valse-hésitation avec des mouvements de caméra très secoués, des moments de mise
en scène très classique et des séquences que ne renierait pas Le-louch lorsque, par exemple, les mariés avancent sur la plage…
Dans ce film, la tentation de « faire belge » est très sympa. Problèmes d’incompréhensions entre concitoyens, des acteurs flamands excellents, quelques éléments de dialogues et des juxtapositions culturelles qui amusent.
Mais cela reste superficiel, comme extérieur à l’intrigue et le spectateur attend d’être pris par l’histoire qui papillonne plus qu’elle ne se construit, et ce n’est pas une scène de copulation très insistante qui suffit à indiquer le type de relation entre des personnages dont on aimerait tant comprendre leurs ressors intimes. L’Ennemi n’est pas seulement « intérieur » comme devrait le suggérer le sens du titre. C’est parfois la complaisance et le manque de lucidité.
Bref, un excellent exemple pour essayer de comprendre ce qui cloche, hélas.