Tenues. Et elles sont nombreuses à s’entremêler dans ce scénario politico-social qui confronte d’une part le « 93 » (*La Cité du Chêne pointu à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis pour être précis) et aussi la ville de Grigny au Nord de Paris, dans L’Essonne, types de lieux décidément très recherchés comme endroit de cinéma, (*Les Misérables - 712), et d’autre part les arcanes politiques haut de gamme. Isabelle Huppert (toujours aussi sensuelle et souriante ! Je blague…) campe une maire (le mot « mairesse » désigne l’épouse d’un maire ; je ne sais s’il y a un mot qui désigne le mari d’une maire…). Elle le fait avec beaucoup de talent et de conviction, donnant de son personnage une image ambiguë de force et de faiblesse qui le rend touchant. Elle est suivie pendant une période préélectorale durant laquelle s’entremêlent deux intrigues, celle liée à la réhabilitation d’une HLM qui est pourrie par la négligence et la vénalité qui s’allient, aux dépends des habitants, et une autre histoire, celle qui est esquissée de son ascension sociale jusqu’aux marches d’un ministère. Vous découvrirez cet enchevêtrement assez bien imaginé et narré en suivant le film qui se laisse regarder ; un peu comme un bon téléfilm. Genre que le réalisateur a pratiqué avant son premier long métrage La Mécanique de l’ombre que je n’ai pas vu.
Le chef de cabinet de la maire est magistralement interprété par un Reda Kateb embourgeoisé depuis L’Amour flou, Hors normes (707), Le Chant du Loup (614), Hippocrate (047), Les Garçons et Guillaume, à table (092), et tant d’autres. Un de ces acteurs qui ne cassent rien à première vue mais qui sont très talentueux. Il forme avec Isabelle Huppert un tandem politique convaincant, celui de soutiers politiques dont le parti n’est jamais nommé sans pour autant que le film ne tombe dans le « tous pourris » car il s’évertue à expliquer, démontrer que la vie politique municipale est aussi ardue qu’essentielle.
Nous sommes plongés dans le bain dès le début, il y a une piscine, beaucoup d’eau qui ruisselle, qui traverse même la ville (C’est l’Es-sonne) et il y a de nombreux escaliers qui sont parcourus, métaphore visuelle de ces ascensions qui rythment la vie, des cages d’escaliers délabrées aux ors de la république, cet escalier-là étant bien entendu filmé en plongée.
Quelques cadors de la politique endossent les rôles d’antagonistes. Et tout ce petit monde parle à n’en pas finir. Sans doute est-ce la façon d’incarner la politique qui veut cela ? Car la promesse verbale serait-elle l’unité d’échange en politique ? A vous de voir et d’apprécier, car le film lui, est appréciable.