Tout à fait ! Réussi de façon très surprenante parce que l’humour l’emporte, et de loin, sur la compassion. Deux personnes se rencontrent fortuitement, l’une entrepreneur de pompe funèbre, l’autre, modeste livreur en tricycle. Celui-ci souffre d’un handicap disons « moteur » pour définir ses difficultés d’élocution et de motricité fine ; il lui faut une paille pour boire, par exemple.
Et de cette rencontre fortuite va naître une sorte de compagnonnage forcé durant un « road movie ». Pour le dire autrement notre personnage qui est « presque » normal s’impose de façon inattendue et très sympathique durant un voyage qui est consacré au rapatriement du cercueil d’une défunte. Et durant ces quelques courtes journées, l’accumulation de circonstances de vie de cet handicapé en dit tellement sur les réactions humaines que nous restons suspendus à ce qui va se passer à chaque fois. Si l’émotion reste à fleur de peau durant tout le film, c’est l’hilarité qui, souvent, donne le ton, vous l’apprécierez en maintes circonstances. Qui tantôt font honneur à celles (surtout) et ceux (plus rarement) qui réagissent à cette apparition inattendue d’un adulte un peu différent. Mais qui a la singularité d’être féru de philosophie.
Le réalisateur qui joue le rôle de l’entrepreneur de pompe funèbre est un acteur subtil, très introverti, sensible et non dépourvu d’humour. Certains se souviennent de sa carrière dans Les Inconnus. Bernard Campan est très ami avec son partenaire, ce philosophe singulier et ils ont eu l’audace d’aborder les questions les plus intimes qui se
posent à une personne « presque » comme les autres et cela est déjà en soi particulièrement intéressant. Une question essentielle, celle du vieillissement n’est pas abordée, si pesante pourtant pour l’entourage, ici incarné par une mère étonnante, émouvante.
Alexandre Jollien est le philosophe qui n’interprète pas un rôle de composition comme c’est le cas de l’acteur dans My Kid (891) par exemple. Ce qui donne sans doute ici un supplément de vérité au personnage et crée une immense empathie à son égard. Empathie incarnée de façon bouleversante par Marie Benati dans une séquence d’anthologie. Et l’on retrouve aussi vers la fin cette remarquable comédienne, Marilyne Canto.
Pour être précis, le handicap décrit porte un nom : infirmité motrice cérébrale (IMC) qui est un trouble du mouvement et de la posture dû à une lésion cérébrale ou à une anomalie du cerveau apparue au cours de son développement. Le coréalisateur et interprète, Alexandre Jollien, multi diplômé atteint de cette infirmité, est père de trois enfants et auteur de nombreux ouvrages qui concernent ce destin singulier que ce film a l’immense mérite de nous rendre plus familier de façon particulièrement originale. Un superbe duo cinématographique comme dans le film de Jaco Van Dormael, Le Huitième Jour. Et une parfaite illustration, me semble-t-il, du concept proposé par Ivan Goldschmidt de « dramatique comédie », un oxymore qui devrait devenir une catégorie cinématographique dont son prochain long métrage sera une autre illustration.