C’est un miracle ! Et grâce à dieu, sans que Jésus ne s’en mêle. Un film rare, superbe et envoutant. Il nous transporte au milieu de nulle part, une région desséchée du Niger ou quelques habitants Peuhls essayent de survivre d’un très modeste élevage de chèvres et de somptueux et faméliques bovidés cornus. Dans un dénuement impressionnant, aidé par quelques ânes, souffrant d’une absence quasi-totale d’eau, quelques personnes d’une aristocratique élégance, persistent à survivre, habités qu’ils sont d’un indéfectible attachement à leur territoire. Et la réalisatrice nous invite à partager une année de leurs vies. C’est magnifique et point n’est besoin de spoiler les kyrielles de moments d’une intensité ténue pour décrire cette envoûtante et inoubliable rencontre avec un ailleurs que seul le cinéma permet de connaître. Nous sommes confrontés aux 4 éléments, l’air du vent, la terre, le feu et l’eau bien entendu. Nous découvrons un paysage magnifié par des images dont bon nombre sont filmées depuis des drones qui donnent une ampleur exceptionnelle à ces lieux qu’un soleil tantôt écrase, tantôt nimbe de magie crépusculaire. Deux personnages retiennent plus particulièrement l’attention : Houlaye, une très jeune femme, la narratrice en quelque sorte, et l’instituteur dont le rôle tant anecdotique
que symbolique donne au film une dimension complémentaire qui fait réfléchir, car elle nous rappelle les luttes pour l’enseignement obligatoire et la nécessité d’élever le niveau du savoir pour modifier l’autonomie et le cours de la vie des peuples. Deux autres éléments méritent d’être mis en exergue, l’implication des femmes dans la vie de la communauté, et l’action d’une ONG qui ambitionne de faire affleurer à nouveau cette eau sur laquelle marche ces gens qui en sont privés, faute de puits, de forages. La réalisatrice a plus de 25 ans de pratiques professionnelles diverses dans le cinéma, comme actrice, e.a. dans Bienvenue à Marly-Gomont (281) et c’est une femme engagée, passionnée, qui réalise ce premier film en remplaçant celui qui en avait été à l’origine, avec le producteur français. Et la présence d’une participation belge, tax shelter compris, me semble tellement justifiée par l’impossibilité de produire ce type de film ayant le continent africain comme lieu (très périlleux) de tournage que tout ce qui peut y contribuer est essentiel car cela nous révèle un monde qui fascine, en dehors d’un esprit touristique voyeuriste ou d’une actualité dramatique ponctuée par les conflits qui endeuillent le Sahel.