Ou l’amour à tout âge, évoqué de façon très sensible dans un récit cinématographique élégant qui retient l’attention pour deux raisons principales, me semble-t-il, les subtilités du récit bien qu’il paraisse un peu prévisible dans sa première partie, et surtout par l’écrasant talent de Fanny Ardent qui est magistrale, avec sa voix de Delphine Seyrig et son maniérisme à la Juliette Gréco. Elle est absolument exceptionnelle. Et Cécile de France, dans un rôle moins présent, me semble parfaite, d’une justesse d’autant plus touchante que les scènes qu’elle défend sont ingrates. Elle est à un sommet de son talent. Melvil Poupaud leur donne la réplique de façon irréprochable et convaincante. C’est le genre d’acteur parfait comme il y en a plusieurs en France que l’on confond un peu. Poupaud était de Été 85 (773) et Grâce à Dieu (631) de François Ozon et J’accuse (710) parmi de très nombreux rôles depuis sa jeunesse.
Le film est tourné dans des décors très travaillés, accessoirisés de façon talentueuse, filmés avec un grand sens de l’intimité, peu de dégagements vers l’extérieur, les fenêtres sont sans vue, les voiles accentuent un sentiment d’enfermement. La caméra est au plus près des visages qui sont très expressifs, mais le plus souvent d’une retenue intense. La lumière est magnifiquement travaillée pour donner aux ambiances un charme délicieux, parfois un peu suranné, qui convient si bien à l’histoire.
La musique est talentueusement alternée tantôt de classiques archi connus, de chansons, tantôt de pièces discrètes et originales qui s’harmonisent parfaitement entre-elles et structurent, soulignent avec tact les humeurs des séquences qu’elles servent. Rassurez-vous, comme dans tout film français, plusieurs répliques sont inaudibles.
Nous avions vu de cette réalisatrice Ôte-moi d’un doute (432) avec Cécile de France déjà. Ici nous sommes dans une catégorie beaucoup plus élevée, plus travaillée.
Par exemple il y a cette idée simple pour marquer la distance entre ces deux êtres que l’amour rapproche en les faisant vivre à Paris et Lyon. Simple, oui mais parlant. Et autour de la description de cet amour transgressif il y a nombre de personnages complexes, riches et qui donnent, sur trois générations, un sentiment de complexité féminine qu’une réalisatrice pouvait mieux faire ressentir d’autant que si l’amour est le thème majeur, il y a, en mineur, la forte emprise de la mort sur le destin de ces personnages tous bien imaginés et incarnés.
Un peu de studio son et sans doute notre Cécile nationale justifient vaille que vaille l’utilisation du tax shelter pour un film français qui n’a une fois de plus, strictement rien de belge.