Mémorable. Car il est des films totalement hors catégorie, qui nous font entrer dans une forme de récit, un univers totalement inconnu. Ici, préparez-vous à un (très long) voyage dans une sémantique cinématographique absolument inédite, un langage aussi étrange qu’étranger.
Le réalisateur thaïlandais d’origine n’en est pas à ses débuts. Son nom est plus facile à prononcer dans sa langue maternelle :
.
Attiré dès ses débuts par la technique d’écriture surréaliste du « cadavre exquis », il semble qu’il lui en reste quelque chose. Auteur d’une trilogie multi primée, essentiellement autobiographique (que je n’ai pas vue) il est considéré comme un réalisateur essentiel ! Il compte à son palmarès nombres de courts métrages et déjà plusieurs autres longs métrages très estimés. Donc si l’on en dit du mal, on passe pour un inculte abruti… Vous voilà prévenus. Mais certain ne s’en priveront pas.
Le casting de ce film-ci atteste que ce réalisateur peut travailler avec des actrices les plus en vue : Tilda Swinton (*The Human Voice
-799-, A Bigger Splash -246-), et Jeanne Balibar (*Illusions perdues
-870-, Barbara*-429-). Tant qu’à citer les références des talents dont le réalisateur s’entoure, il y a le directeur de la photographie, Sayombhu Mukdeeprom qui avait, e.a., éclairé Call me by your name (485).
Memoria est coproduit par rien moins que 9 pays différents… et tourné en Colombie, avec de maigres dialogues tantôt en espagnol, tantôt en anglais, deux langues que le réalisateur ne connait pas... Il les traite comme tous les sons qui accompagnent ses images de façon assez magique, il faut le reconnaître.
Ce film évoque la situation désagréable d’une dame qui entend un bruit d’origine inconnue et c’est particulièrement perturbant, un acouphène dont elle essaye de se guérir. Ses pérégrinations sont un peu de hasard et nous la suivons et découvrons en même temps qu’elle certains lieux singuliers, quelques personnages qui ne le sont pas moins.
Ce qui est immédiatement frappant dans ce style cinématographique, ce sont les cadres larges, très installés, le plus souvent immobiles. Et les actions généralement très ténues et montrées très longuement. Le type même d’univers dont on dit « qu’il faut entrer dedans ». Pour moi, ce n’est pas facile car je me sens un peu otage de la lenteur qui nous est imposée pour, sommes toute, peu de contenu. Ce film est de ceux qui déchaînent la méchanceté des critiques acerbes et l’amphigouri dithyrambiques des affidés qui se pa(l)ment de Festival en chroniques pour happy few. Le plus simple est d’aller voir le film pour se faire une opinion sur ce qu’est le courage de créer en dehors de tout conformisme. Que cela plaise ou non.