Le récit est en deux parties. La première nous montre un couple amoureux, lui est metteur en scène et acteur, elle autrice. Vous apprécierez la façon dont lui viennent ses idées… Le film débute avec une allusion de En attendant Godot qui décidément inspire, comme dans Un triomphe (842). Ensuite c’est autour de l’homme que se focalise l’histoire lorsqu’il est invité à Hiroshima, deux ans plus tard, pour y monter la pièce de Tchekhov, Oncle Vania. Une pièce qui ambitionne de démontrer que ni l’argent ni l’amour ne donnent accès au bonheur. Soit.
Ce procédé qui consiste à donner du sens à un film par le biais d’œuvres théâtrales avait frappé déjà, e.a. dans The Salesman (329) de Asghar Farhadi. C’est le reflet en quelque sorte de ce qui se déroule au présent. Et à propos de reflet, je me permets d’attirer votre regard sur un miroir placé étrangement dans l’appartement au début du film qui donne à voir « autrement ». Et le réalisateur ne se prive pas de nous pousser vers cela, trois heures durant. Jusqu’à attribuer l’un des rôles à une actrice non seulement muette, mais dont la langue est le coréen. Vous me direz que la voir « signer » dans cette langue ne perturbe guère plus que si c’était en japonais, la langue du film, mais celles du spectacle de théâtre sont nombreuses, sous-titrées au-dessus de la scène. Babel ? Le film est très bavard, et cela en devient lassant car l’histoire ne progresse que par les propos qui sont échangés. Les thèmes sont l’amour, la mort, la résilience…
Le réalisateur 濱口 竜介 a déjà sévi dans le cinéma de très long métrage avec Happy hours qui dure plus de 5 heures. Il est considéré comme l’un des plus importants cinéastes actuels ; faites-vous votre opinion ! Elle sera basée sur votre degré d’adhésion à ce type de discours qui se répand sans limite, qui pratique systématiquement la litote, le sous-entendu, le silence éloquent, l’expansion du temps et de l’espace par d’infinis déplacements en voiture, ce lieu fermé de recueillement, d’isolement et de réflexion. Vous aurez tout le temps de contempler deux visages impassibles, impavides, qui avancent dans la vie réduite, pour une part essentielle, à ce bocal sur roue qui permet de parcourir sont passé, aller vers son avenir en restant à l’écoute de ses émotions. Si elles arrivent à s’exprimer. Ce film est exigeant, adulé par les uns, incompris par d’autres et le plus simple est d’aller le découvrir. Aucun risque d’accident !