La vraie maman. Car c’est bien cela la question que le film pose, sans lourdeur, avec émotion, et surtout en restituant de façon très crédible une banale vie de « vraie » famille. Sauf que ce couple, parents de deux garçons hyper sympas, a l’extraordinaire générosité d’accueillir un jeune garçon, orphelin de mère. Et lorsque le père va, très légitimement, vouloir exercer ses droits, ce ne sera pas facile. Ce qui me parait le mieux réussi dans le film, c’est la création de ces ambiances « happy family » certes un peu clichées, qui font rêver, mais qui surtout mettent l’enfant « placé » dans un terrible conflit de loyauté vis-à-vis de la mère adoptante et d’un père sympa dont on ne sait ce qui l’a éloigné de son fils pendant plusieurs années, nécessaires, peut-être, à se reconstruire après un deuil ?
Le film se regarde comme un récit avec ses moments de joie, de tension, les divergences entre les parents d’accueil. Si le film peut au moins montrer l’admirable abnégation de ces familles d’accueil, il aura servi une cause bien difficile à gérer.
Le réalisateur en est à son deuxième long métrage, le premier ayant été consacré à la question des mères porteuses, la GPA. Jeune, il a vécu avec un enfant placé dans sa famille. Bref, les liens familiaux inspirent ce comédien de théâtre passé à la réalisation grâce à de nombreux courts-métrages. C’est Mélanie Thierry qui porte le film avec un naturel, une simplicité et un charme absolu. Cette comédienne mérite d’être au premier rang, après une carrière aussi contrastée que diversifiée : théâtre, télévision et cinéma, là où elle
ne semble jamais avoir eu encore le grand rôle et le grand metteur en scène qu’elle mérite.
Ce film-ci la rendra populaire, je l’espère car son personnage crée une profonde empathie pour le déchirement qu’elle vit.
L’une des grandes et rares réussites du film est indiscutablement la restitution des moments de vie de famille. La courte focale est bien utile qui permet à la fois d’embrasser l’ensemble des personnes dans les lieux, et d’être d’une grande ductilité permettant de suivre chacun, d’aller vers le cœur de l’action, de l’émotion qui surgit soudain.
Le roi Salomon aurait peut-être aimé mettre son grain de sel dans cette affaire pour, en menaçant l’enfant de mort, déterminer le lieu dans lequel il pourrait poursuivre sa vie.
Est-ce qu’une vraie famille est toujours le lieu idyllique le plus favorable à l’épanouissement de chacun ? Telles sont les graves questions soulevées par un film qui les aborde avec une agréable légèreté.