Ce n’est pas du Proust ! Honneur, Gloire et Reconnaissance, Gratitude infinie à tous les psychiatres, psychologues, psychanalystes et autres héros de la santé mentale : ce film est la parfaite illustration de votre calvaire. On n’y comprend strictement rien, c’est totalement arbitraire et délirant dans une ambiance de moyenne bourgeoisie aussi préparée à ce type de folie que l’armée russe pour une force de paix. Désastre assuré.
La séquence de début donne envie de la suite. Elle est filmée de façon très adroite en longs plans qui suivent une personne dont on sent la singularité. L’actrice disparait de façon tragique, on ne sait trop comment. Mais aucun lien avec la suite. Viennent pour suivre les deux vies parallèles menées par une autre femme, confrontée à ses mensonges puis aux obstacles très éprouvants qu’elle suscite par son comportement totalement singulier. Le spectateur comprend bien que le but du film est de faire le portrait d’une démente. Mais c’est un portrait de peintre du dimanche, un scénario raté, à un point tel qu’on se demande comment un projet aussi impréparé a pu réunir les moyens d’être mis en production. Avec l’aide incompréhensible du tax shelter accordé à un coproducteur belge pour un film qui se déroule laborieusement entre la Suisse et la France. Mais qui a lu ce scénario ? Beaucoup trop de monde sans doute et
chacun a voulu y retrancher ceci, modifier cela ou ajouter tels détails qui ne provoquent qu’un surcroit de confusion. La réalisation est du niveau d’une série télé, sans style et sans personnalité. Heureusement le rythme est assez soutenu et laisse espérer, de scène en scène, que la suivante sera intéressante.
Espoir déçu, le niveau baisse à chaque séquence. Et la musique devient de plus en plus envahissante dans sa tentative de créer un suspens comme par exemple cette poursuite en voiture qui arrive tel un combat de kung-fu pendant une messe de funérailles. La seule chose qui est de très grande qualité, c’est le catalogue des pathologies mentales incarnées avec son exceptionnel talent par Virginie Efira qui, en toutes circonstances, parle juste et utilise une palette infinie d’expressions du visage et de mouvements du corps qui fait d’elle une Romy Schneider dans ses meilleurs rôles. Simplement, il faudrait qu’Efira soit plus sélective dans le choix de ses scénarios pour lui éviter des Benedetta (846), des Adieu les cons (797) ou ce navet-ci. Ce film est, à mes yeux, un cas d’école qui démarre sur une idée intéressante, la double vie d’une jeune mère, et qui évolue vers une confusion des sentiments que Stefan Zweig aurait autrement mieux maîtrisée que dans ce puzzle qui reste épart.