Bien sûr, il y a les guerres d’Irlande
…
Et tous ces hommes, qui sont nos frères Tellement qu’on n’est plus étonné
Que par amour ils nous lacèrent Mais, mais voir un ami pleurer.
Ces quelques vers la chanson Voir un ami pleurer (J. Brel) me semblent un juste reflet de l’angle sous lequel est évoquée cette tragédie, celles de voisins qui, au motif qu’ils ne pratiquent pas la même religion (et donc ont des intérêts économiques antagonistes) en viennent à de véritables pogromes, scènes très peu nombreuses dans le film, mais significatives. Le point de vue adop-té est celui d’un jeune garçon qui découvre, les yeux écarquillés, ce que la violence imbécile peut faire comme ravage parmi ses plus proches voisins. Ce gosse porte un même regard sur les films qu’il découvre et qui nourrissent son imaginaire. L’image ici est essentiellement en noir et blanc, ce qui lui donne un aspect de document d’époque, accentué par un bref début en couleur. Je ne soutiens pas, personnellement, ce choix qui nous prive de nombres d’informations d’ambiance que permettent les talentueux traitements de la couleur au cinéma. Mais soit, cela donne un genre, comme dans C’mon C’mon (912) The Tragedy of Macbeth (909) ou Les Olympiades (872) exemples, de ce qui semble une mode du retour au noir et blanc.
Le film avance comme un fildefériste qui tantôt penche vers cette tragédie qui a endeuillé et déshonoré ceux qui y ont pris part, tantôt se concentre sur la famille de ce gosse qui nous fait comprendre les déchirements de ses parents et la résignation des grands-pa-rents.
Raconter la grande histoire par les petites histoires est un exercice d’équilibre très difficile et disons qu’ici, il ne réussit pas totalement, malgré les interprètes très convaincants de naturel, très ancrés dans ce terroir à l’accent incomparable.
C’est le lieu d’enfance de ce réalisateur à la carrière de stakhanovis-te du cinématographe, Mort sur le Nil (930) en étant l’une des plus récentes œuvres. Ici, avec son complice Haris Zambarloikos comme chef opérateur, il travaille une thématique moins shakespearienne qu’à son habitude mais si l’on doit lui reconnaître une grande maîtrise de metteur en scène, le sujet me semble mal exploité. C’est dommage car de nombreuses saynètes sont jolies, réussies, mais trop souvent mal articulées, comme si le point de vue autobiographique d’un gamin de 9 ans avait inhibé le regard d’un scénariste qui aurait pu développer sur cette histoire des thématiques plus englobantes. L’Irlande du Nord fait partie de la Grande-Bretagne et la minorité catholique y a connu les pires exactions. Le réalisateur scénariste semble avoir hésité à donner à son histoire familiale la dimension qui en aurait fait un film plein de faste.