Un film qui ose casser les codes, dans une ambiance pleine d’allégresse, de jeunesse qui va contraster, au fur et à mesure, avec l’époque que nous découvrirons petit à petit.
Il y a, à mes yeux, une double audace dans la démarche de la réalisatrice qui nous immerge allusivement dans un Paris occupé, et qui ne se prive d’aucun anachronisme. Bien entendu dans la bande sonore, mais aussi dans les allures de cette jeunesse éprise de théâtre.
Cette jeune fille qui va bien est interprétée de façon très convaincante par Rebecca Marder qui vaut, rien que pour elle seule déjà, d’aller voir le film. Si elle n’est pas une débutante – déjà pensionnaire à Comédie-Française -, elle va éclater bientôt au cinéma et sans doute l’incarnation attendue de Simone Veil jeune, contribue-ra-t-elle à l’émergence de sa notoriété.
Il y a une réelle audace à traiter de cette façon la mise en place, dans la zone occupée par les Allemands, de la persécution des Juifs. Je peux parfaitement concevoir que certains réagiront négativement à l’éloignement de la vérité historique, mais c’est sans doute ce qui fait le prix de ce film : nous montrer que le système qui se met en place amène à l’holocauste par d’innombrables petites choses d’apparence insignifiante.
Le personnage de la grand-mère est infiniment touchant, incarnée de façon remarquable par Françoise Widhoff, et un grand nombre de petits moments donnent à l’insouciance incarnée par cette jeune fille en quête de succès et d’amour, une émotion sous-jacente qui finira par envahir le spectateur.
Le théâtre est à nouveau convoqué pour donner au film un ton, un univers de référence. Ici Marivaux convient admirablement par le côté narcissique des amants préoccupés d’eux-mêmes, dans la pièce L’Épreuve.
Il faut regretter que les retours à ces répétitions de l’audition tant attendue par ces jeunes aspirants acteurs sont un peu trop nombreux, mais ils ne manquent pas de charmes.
Si la réalisatrice a déjà vu une caméra plusieurs fois dans sa vie, ce film-ci est sa première réalisation, sur un scénario qu’elle a écrit. Et sans doute une certaine bienveillance sera de mise pour ne pas s’agacer de certaines maladresses. Mais l’essentiel n’est pas là, il tient à la singularité de la démarche. Et la réussite d’ensemble est très impressionnante, je n’ose écrire heureuse, à cause de la fin que vous découvrirez.
Car en 1943, tout ne va pas bien à Paris.