Bestial. Mais capital car jamais sans doute n’a-t-on été à ce point au centre du drame que vivent les victimes de l’homophobie. Et je déplore infiniment la façon dont la bande annonce présente le film, certes à son climax, mais d’une façon qui va détourner le public, à tort !
Le récit est structuré en 3 parties. La première, très subtilement observée, décrit une famille « assimilée » belgo-marocaine, le jour d’une célébration d’anniversaire. C’est tonitruant, joyeux et assez conforme à ce que l’on sait de ce genre de réjouissances. Mais le fils de famille vit en même temps une toute autre histoire, que vous découvrirez à l’écran. Elle se développe parallèlement, un peu comme en coulisses de l’ambiance dominante. Et tout cela semble très juste, touchant et l’angoisse monte doucement.
Vient ensuite une longue et terrifiante séquence magistralement écrite, mise en scène et filmée. Nous allons descendre en enfer en accompagnant ce jeune homme livré à une violence que la connerie et l’alcool vont décupler. Le traitement de l’image et du son est absolument spectaculaire. Ils contribuent évidemment à rendre le supplice de ce garçon insupportable, mais c’est là que le film atteint un sommet, aussi violent, dérangeant, épouvantable soit-il.
La volonté de démonstration de l’horreur me semble une démarche légitime, didactique, pour témoigner d’abord, inhiber ensuite, il faut l’espérer, les abrutis qui sentiraient monter en eux de telles pulsions. Vient après une troisième séquence, un peu déroutante car elle se concentre sur une seule des brutes qui rentre chez elle et se prépare pour la journée suivante durant laquelle nous l’accompagnerons. Certes, le personnage est lié à la séquence précédente, mais cette partie-là du récit semble peu reliée à ce qui précède. Sauf à nous montrer que nous pouvons tous sans doute être Docteur Jekyll et Mister Hyde.
Ce film, inspiré d’un fait réel, me semble occuper de façon essentielle une place centrale dans la représentation de la violence. Aucune commune mesure avec les débordements esthético-second degré de Tarantino ou de certains films débiles de super-zéros.
Ici c’est notre lien intime avec la violence, enfoui au plus profond de nous-même qui est interpelé. Qui n’a jamais pensé à ce qu’il ferait subir à l’assassin de son enfant, à celui qui a insulté sa mère, à celui qui a violé sa femme. Et bien ici, le réalisateur réussit admirablement à nous inclure dans ce processus odieux et terrifiant qui ferait de n’importe qui sans doute un animals.