Une rare pépite qui me conforte dans l’idée que d’aller au cinéma sans rien savoir du film à découvrir réserve des émotions exceptionnelles.
Nous allons partager pendant près de deux heures la vie d’un centre ouvert suisse qui accueille des ados en rupture familiale, pour des motifs très différents. Il s’agit d’un foyer moyen/long terme dans lequel certains « encadrants » ne semblent guère plus âgés que les « encadrés ».
Bien entendu il y a des séniores dont une directrice très expérimentée et marquée par la vie, la sienne, et celle qu’elle mène à la tête de ce microcosme dans lequel nous allons faire connaissance avec 7 jeunes filles dont on peut dire que leurs talents est aussi exceptionnel que leur tempérament. Elles ont travaillé durant deux ans avec le réalisateur qui a écrit le scénario avec elle, mais sans dialogue ! Car les répliques venaient de chacune, avec un naturel stupéfiant, et un abattage à là de Funès, mais qui ne fait pas rire ! Voilà posé le décor et les événements qui ont été choisis par le réalisateur pour structurer son film d’une grande intensité, sans rien de spectaculaire ou d’outrancier. Il aurait été tourné en deux semaines seulement ; après une très rigoureuse préparation des protagonistes.
Ce genre d’ambiance n’est pas neuve au cinéma, mais rarement traitée me semble-t-il avec un naturel aussi convaincant. En même temps le point de vue du réalisateur est très affirmé par une camé-ra au plus près des acteurs qui savent nous la faire oublier par leur dynamisme et leur spontanéité. Le montage du film rappelle par ses répétitions, ses séquences hors continuité et surtout sa bande sonore (Ah ! Bach, quelle merveille…) qu’un réalisateur maitrise un récit qui n’en reste pas au niveau (très remarquable par ailleurs) du documentaire. Les personnages qui s’intègrent à l’histoire sont chaque fois présentés par un panneau, rappel subtile qu’il faut savoir garder une distance avec ces personnes aux destins si lourds à découvrir de façon pointilliste.
Nous sommes spectateur d’une œuvre ayant la tragédie intime de ces jeunes femmes pour sujet. Et la compréhension du titre aide à mesurer cet univers renversé, La Mif est une anagramme de Fa-mil(le) obtenu en permutant le F et le L. Pas très vendeur comme titre, mais le film mérite d’être vu par tous les éducateurs dont la vocation est d’apaiser les souffrances intimes et d’ouvrir de nouvelles perspectives à celles et ceux qui n’en n’ont plus. Noble vocation admirablement servie par cette réalisation qui devrait être vue par tous.