Deux prénoms qui ne disent rien de spécial. D’ailleurs, leur vie n’a rien de spécial. Lui, d’origine pakistanaise, s’apprête à quitter sa femme, sans enfant. Il vit de loyers perçus dans la banlieue d’une ville anglaise, Bradford, qui n’est pas loin de celles tant filmées par Ken Loach, ici dans le Yorkshire qui a donné son nom à ce petit chien défini à la fin du dix-neuvième siècle et si apprécié comme chasseur de rats dans les mines. Vous voyez tout de suite l’ambiance de la ville.
Ava est irlandaise d’origine, auxiliaire pédagogique dans une petite école. Elle a deux enfants adultes, et déjà une petite-fille que nul n’arrive à nommer. Tout est en place pour un banal récit « a boy meet a girl » archi rabâché. Sauf qu’ici, les protagonistes ont déjà quelques années au compteur, elle plus que lui, que leurs origines sociales, ethniques sont contrastées. Sans parler de leurs goûts musicaux dont nous nous amuserons à suivre l’évolution durant le film.
Nous allons suivre aussi les méandres de cette rencontre avec ses hésitations, ses élans et ses pudeurs, les souffrances qu’elles révèlent et provoquent, de façon profondément touchante. Un film sur la modestie et la maturité.
Qui est réalisé avec une vigueur que les cadrages perpétuent tout au long de l’histoire qui se déroule dans des lieux étriqués. Sauf lorsque le bonheur inonde enfin ces êtres ordinaires.
La lumière dans le film est très ingrate, les contrejours trop appuyés pour distinguer les expressions dans de nombreuses scènes, volonté manifeste de ne pas tomber dans le psychologisme simpliste. Cela donne au film une « signature visuelle » forte qui est renforcée par le montage où parfois s’entrechoquent les séquences qui se succèdent comme les croissants de lunes.
La réalisatrice a décidément un style, et sa direction d’acteurs permet de montrer une fois encore, combien l’Angleterre regorge de talents. Ils proposent un spectacle expressionniste touchant et modeste.