James Ensor interprété par Antonin Artaud. Deux heures à partager avec des acteurs que n’auraient pas dédaigné le Marquis de Sade pour un spectacle inspiré par Marat.
Et il faut d’abord témoigner d’un grand respect pour ce réalisateur, opposant aux autorités russes, ce qui lui valut de la prison et des ennuis qui aujourd’hui semblent héroïques. Né d’un père russe et d’une mère ukrainienne, il devait déjà anticiper la suite dramatique de cette alliance intolérable pour certains. Rien que pour soutenir cet artiste dissident, allez voir le film.
Vous y découvrirez ce qu’il peut y avoir de plus fou dans l’imaginaire visionnaire d’un créateur en révolte. Il y a des scènes qui valent leur pesant d’or, d’autres moins compréhensibles peut-être parce que les références ne nous sont pas familières. Fellini dans Amarcord était plus proche de nous, mais d’une truculence non moins baroque.
Leto (607) le précédent film du même réalisateur, était déjà une œuvre totalement hors des schémas ordinaires de la cinématographie convenue. Ici, c’est un jaillissement incessant d’extravagances de tout ce qui concourt à faire un spectacle. Le réalisateur a été metteur en scène de théâtre et la façon dont il choisit et dirige ses acteurs laisse bouche baie. Sa carrière au théâtre a été ins-trumentalisée par le pouvoir poutinesque pour essayer de réduire ce créateur dissident au silence par des condamnations inventées à cette fin.
Ce film est-il une vengeance sur l’acharnement policier qui a essayé de réduire cet artiste au silence ? En tous cas le film entraîne le spectateur dans un tourbillon dont les longs plans-séquence ajoutent à l’ivresse que la vodka engloutie à flot doit provoquer, et qu’une musique tonitruante rend parfois paroxystique. La fièvre est à son comble et ce film prémonitoire, exigeant, singulier et puissant nous rappelle que la maladie de certains peut dérègler la vie de tous.