Oui, encore, tout le monde le dit car ce film suscite une adhésion sans retenue par sa qualité, par son charme et son regard bienveillant, celui qui nous avait séduit déjà dans L’Auberge espagnole, ou Ce qui nous lie (416) et Deux moi (695). L’histoire est simple qui consiste à suivre la vie d’une danseuse étoile confrontée à une double rupture, celle de sa liaison et de sa cheville. Quelques rappels de sa jeunesse nous permettent de découvrir ses sœurs et un père veuf qui fait ce qu’il peut. Denis Podalydès est absolument parfait dans ce personnage !
La beauté des corps des danseuses et des danseurs est admirablement mise en valeur par une photographie et des cadrages brillants, car quoi de plus difficile que de rendre une chorégraphie en en sélectionnant des plans serrés ? Admirez le début du film fait pour « entrer » dans le monde de la danse.
Tout le film est d’une parfaite fluidité, les moments d’intimité, de solitude et de doute alternent avec des séquences choral qui débordent d’énergie. Des personnages non dansants ajoutent par leur personnalité, un complément d’humanité et de drôlerie qui permet au film de s’ouvrir au-delà du travail des danseurs. Muriel Robin est très sympa, François Civil confirme son exceptionnel talent (*Le Chant du loup – 614 e.a.) Souheila Yacoub est formidable de drôlerie, servie par des répliques qui valent le déplacement, une actrice à suivre ! Pio Marmaï est atypique et hilarant dans ce monde obsédé
par la danse. Il avait déjà convaincu sous la direction de Cédric Kla-pisch dans Ce qui nous lie et dans La Fracture (887) qui annonçaient des succès certains ; c’est le cas ici. Mais c’est Marion Barbeau qui éblouit, superbe danseuse, subtile interprète et d’un naturel sympathique et confondant de tendresse. Un premier rôle au cinéma après une très belle carrière déjà dans le Corps de Ballet l’Opéra de Paris. Il faut aussi nommer le chorégraphe Hofesh Shechter qui est lui-même dans le film, puissant et discret à la fois, très créatif et à l’origine de la chorégraphie « contemporaine » particulièrement dynamique. Mais aussi de la musique qui entraine tous ces jeunes dans la seconde partie du film, de manière éblouissante.
La bande sonore est évidemment à la hauteur de ce défi parfaitement réussi, entrer dans un univers très codé, celui du ballet, et des parcours de vies qui s’entrecroisent subtilement. Avec des vues de Bretagne qui sont très impressionnantes de sauvagerie et de Paris, admirablement filmé dans le style « ville éternelle ». Si l’on est ravi que la Belgique coproduise, on se demande ce qui justifie que le tax shelter finance.
Le film sera sans doute commenté avec un peu de réticence et la bouche pincée, par certains cinéphiles qui se pensent meilleurs juges des mérites que le grand public qui devrait adorer ce film si réussi.