Un film fragile, rare et qui n’existe sans doute que grâce à des arrangements de bout de ficelle, comme sont construites les maisons de ces habitants de bord de mer. Le tax shelter là se justifie à mes yeux car il joue un réel rôle d’aide au développement, au dévoilement. L’histoire se déroule sur la plage d’une île, Lahou, en bordure de la Côte d’Ivoire dont les habitants sont les Avikams qui parlent avikam, cette langue dite « kwa » car, avec d’autres langues nigéro-congolaises, elles font toutes usage, comme chacun sait, de cette racine qui désigne le peuple. Rassurez-vous, les sous-titres sont bien lisibles !
Le film est d’un style hybride qui nous fait faire de réelles économies de voyage. Nous sommes ici immergés, sans mauvais jeu de mot, sur une île qu’il faut quitter car la mer en ronge inlassablement les rivages. Et le personnage central, Aya, d’une quinzaine d’années, vit avec sa mère jeune encore, qui alète toujours le petit frère. Nous découvrons comme dans un documentaire non voyeu-riste mais plein de tendresse, cette micro-famille écartelée comme tous les autres habitants, entre le désir de rester sur place et la nécessité de se déplacer en pirogue, maisons démontées et défunts exhumés, ensemble, vers des lieux momentanément à l’abri de la montée des eaux.
Le film est une sorte de docu-fiction car l’on s’attache à cette jeune fille Aya et à son histoire, à ses rêves et ses cauchemars mais aussi l’on est fasciné par la découverte de ce pays et de ses habitants qui vivent une histoire à la fois très concrète et symbolique, celle de l’arrachement de ses racines, l’obligation de quitter un lieu de simple bonheur. Les cadres, larges, le plus souvent immobiles, laissent au regard le temps de se déployer et celui plein d’une tendre empathie du réalisateur nous donne à voir et les faits et les ressentis qui scandent un récit tendu par la seule incertitude du choix que fera Aya.
Faites le choix de découvrir ce magnifique récit, comme par exemple l’est Marche sur l’eau (928) une découverte et un dépaysement sensibles qui enrichissent.