Un délicieux film pour préadolescents provinciaux et bien élevés. L’image est très travaillée, diffusée, avec des éclairages à contre-jour, des harmonies de couleurs sans faute de goût, les costumes sont reconstitués avec un soin de défilé de la mode de l’époque, ne reculant jamais devant le ridicule des casquettes ou des chapeaux. La beauté des hauts-plateaux de Provence est majestueuse, avec des vues de drone qui rendent les à pic des falaises vertigineux. Vous aurez droit aux champs de lavande et à de merveilleux plans animaliers : renard, écureuil, lièvres, grenouilles, serpent et autre volatils spectaculaires.
L’histoire qui est contée est celle de l’enfance de Pagnol telle qu’il l’a lui-même romancée.
Le problème du film c’est qu’il est dialogué à l’amidon, et interprété avec une application de néophytes qui récitent et sourient avec le même ton cartonné, totalement privé de naturel. Et cela tant pour les adultes que pour les nombreux et sympathiques enfants qui font tous de leur mieux.
Ce style de cinéma nous ramène loin en arrière, à l’époque de ces films un peu laborieux qui attendaient des acteurs une notoriété dont ils ont parfois bénéficié. Bref un film de grand-papa qui seront ravis d’emmener leurs petits-enfants au cinoche pendant les vacances.
Marcel Pagnol a beaucoup inspiré les cinéastes, avec des fortunes diverses. Ici le film est amusant parce que c’est de Pagnol lui-même dont l’on évoque la jeunesse.
Le compositeur de bientôt 40 musiques de film s’est laissé aller ici à du symphonique façon tsunami : les airs envahissants qui s’amplifient chaque fois que la préséance du dialogue le permet. Bref, une façon d’écrire de la musique de film comme Kosma, Delerue ou Van Parys, d’une autre (mais brillante) époque.
Le réalisateur a eu un immense succès avec Les Choristes et avec l’une des deux adaptations de La Nouvelle Guerre des boutons concurrentes au moment de la fin des droits sur l’œuvre. Jacky Bornet titre son article dans France Télévision en écrivant que Christophe Barratier adapte Marcel Pagnol avec « joliesse ». Et je trouve que l’on ne saurait mieux dire.