Voir un film iranien est toujours intéressant. Parce qu’il est issu d’une cinématographie paradoxalement foisonnante et parce que ces films se produisent malgré le crétinisme des censeurs et des gouvernants acculturés. Kirostami, Le Goût de la cerise, Où est la maison de mon ami ? e.a., Farhadi, Une séparation, The Salesman
(329) A Hero (897) et Jafar Panahi, Taxi Téhéran (122) 3 Faces (529) père du réalisateur de ce film, en sont un rappel très partiel. Comme son père, Panah Panahi semble fasciné par la symbolique de l’en-fermement dans une voiture et la mobilité de celle-ci. « Prendre la route » est donc un titre tout destiné à cette aventure qui se déroule essentiellement dans un SUV conduit par le fils aîné d’une mère qui est assise à ses côtés et, à l’arrière, d’un père encombré d’un plâtre qui lui immobilise une jambe (symbole de toutes les entraves ?). Et il y a bien entendu un chien dans le coffre, mais surtout un frère cadet, très jeune acteur prodigieux, insupportable tête à claque, le genre de gosse qui fait regretter les caves à charbon dans lesquelles le bon sens le plus élémentaire obligeait à les y faire séjourner en espérant – vainement sans doute – qu’ils se calment. Ici, le gamin ne se calme jamais un seul instant ! Nous allons parcourir de très nombreux kilomètres dans ce véhicule et la façon d’y placer la caméra est vertigineuse d’invention. Nous découvrons ainsi des paysages d’une immense beauté, des lieux inattendus et quelques personnages de rencontre pour finir, la nuit, au lieu de rendez-vous de ces quelques Ulysse modernes qui ne savent pas vers quoi ils voguent dans cet océan d’incompréhension, qui est aussi un peu la mienne, hélas. La bande sonore très inventive retient l’attention par le mélange des inspirations musicales. Il y a une scène de lévitation qui tranche avec le style plutôt réaliste du film, des dialogues qui amusent parfois, des attitudes et des événements étonnants, mais qui semblent ne jamais se fondre comme dans un ghormeh-sabzi dont les ingrédients resteraient hétérogènes. Ce qui est d’autant plus dommage que chacun d’eux est savoureux. (C’est le nom du plat national iranien).