Non, ce n’est pas du Proust, mais plutôt un récit impressionniste, par petites séquences qui se juxtaposent comme les touches de couleur sur les tableaux de cette école de peinture. Le principe du film est semblable à celui de Un triomphe (842). Dans une prison, ici pour femmes, un idéaliste vient donner des cours de chants à celles d’entre-elles qui se portent volontaires ; pour des motifs que l’on découvrira assez différents. Tant ceux des détenues que ceux du professeur. Et c’est subtilement réussi, sans carricature, sans sophistication, mais avec un sens affuté de l’observation et du jeu des actrices, toutes très convaincantes.
D’Etienne Comar nous avions vu Django (404), un film biopic « historique ». Il fut scénariste talentueux déjà remarqué e.a. dans Des hommes et des dieux et Mon Roi (177). Il est aussi un abondant producteur, dont le passionnant Visages Villages (418). Nous voilà ici dans l’intime et le contemporain. Le dévoilement des motifs de tous les intervenants dans cette histoire se fait par … petite touche, mais elles sonnent juste. Grâce pour partie aux talents de Agnès Jaoui que l’on n’attendait pas là, de Veerle Baetens qui, une nouvelle fois, démontre qu’elle est une comédienne d’exception, et la discrète Hafsia Herzi tant admirée e.a. dans Sœurs (812) et dès ses débuts brillants dans La Graine et le Mulet.
Il faut souligner la prestation exceptionnelle d’Alex Lutz que l’on vient d’admirer dans le rôle du fils de Vortex (960) et qui avait tant marqué dans Guy (537) dont il était aussi le talentueux réalisateur. Un talent discret qui donne l’espoir que le cinéma français a encore de belles ressources.
Le travail de l’image argentique est intéressant, déjà par le cadrage carré (décidément à la mode) qui contribue à la sensation de claustration, mais aussi par le parti pris de filmer une prison claire et des moments nocturnes de la vie du chanteur/professeur. Les plans tournés des répétitions successives prennent de l’ampleur, occupe plus d’espace au fil du temps. Alors que les quelques plans tournés dans les cellules sont très étouffants. La séquence de fin est supposée être cathartique, vous en jugerez.
Ce film très français est financé pour partie par le tax shelter ; ce qui permet au moins de payer l’actrice belge et le labo… Ce film mérite d’être sorti de l’ombre dans laquelle l’indifférence du public le relèguerait injustement.