Ne ratez pas la chance de voir ce documentaire qui est une occasion unique d’approcher un univers inconnu, celui partagé par les filles qui vivent dans les rues de Kinshasa. Le réalisateur a un prestigieux palmarès déjà, d’un rare éclectisme cinématographique avec différents documentaires, les célèbres Clap et Mr. Almaniak, Le Réveil, un court-métrage prodigieux qui évoque un garde barrière, une fiction Just Friends et plus récemment des films tournés en RDC : Kinshasa Kids, Kinshasa Now (780). Tous ces films se différencient par les recherches formelles originales, singulières et qui servent chaque fois le propos du film. C’est encore le cas ici, brillamment. Vous découvrirez la vie de très jeunes femmes dont le seul revenu est leur corps. Elles n’ont pas de foyer, pratiquement pas de famille, et elles débordent d’imagination pour tenter de survivre, vous verrez même que la création artistique dans une ville poubelle, peut donner des résultats étonnants. Le temps qui passe est bien perçu car c’est celui de la grossesse d’une de ces toutes jeunes femmes.
Le regard du réalisateur est d’une extrême bienveillance, laissant à ces femmes qui parfois en viennent à se battre, la plus libre occasion de montrer leur vie, laquelle est filmée avec délicatesse et discrétion par des caméras qui se sont faites oublier. Le son est parfaitement audible et agrémenté d’ambiances foisonnantes, d’effets sonores qui ponctuent les moments significatifs, et une musique qui semble évidente tellement elle exprime ce milieu de la surpopulation joyeuse et démunie dans ces quartiers totalement délaissés. Je ne dirai rien des très nombreux « évènements » qui ponctuent le trajet de cette immersion en zone inaccessible pour ceux qui n’ont pas de longues années de fréquentation et de sympathie pour cet endroit que Jérôme Bosch n’aurait pas dédaigné peindre. Maintenant les cinéastes ont pris le relais et ici, c’est admirable comme le furent en leurs temps les films d’Henri Storck sur le Borinage par exemple. Un témoignage exceptionnel qui donne au cinéma toute sa raison d’être et ses lettres de noblesse.