Nous voilà plongés dans un univers qui semble inspiré par Frida Kahlo, avec Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin. La végétation offre un mur qui semble infranchissable, sans que jamais le ciel ne soit filmé, renforçant encore cette impression d’en-fermement d’une micro-famille de 3 femmes de 3 générations, entourées de quelques personnages issus de ces cortèges qu’aimait peindre James Ensor. Un mélange de religiosité exacerbée, un grain de folie et d’immenses frustrations qui donnent à ce microcosme étouffant une intensité étrange.
Vous découvrirez les séquences qui se succèdent sans véritable scénario, sans histoire sauf celle d’une affligeante quotidienneté qui est finement rendue par le choix des scènes et des thèmes abordés. Vous saurez pourquoi il faut tremper les bouts des doigts dans un jus de piment e.a. singularité de cet univers très replié sur lui-même. A découvrir avec patience durant ce film qui s’apparente à d’autres portant un regard subtil et étrange sur des personnages de femmes : en Afrique, Aya (952) au Moyen Orient Face à la mer (957) en Amérique latine La Vie invisible d’Euridice Gusmao (708) Ixcanul (185) Les Héritières (599) et plus particulièrement ce film tourné en Colombie Memoria (933) dont vous avez certainement retenu le nom du réalisateur : Apichatpong Weerasethakul.
Nous sommes ici au Costa Rica, en Amérique centrale, au Sud du Ni-caragua et au Nord de Panama. Le cinéma costaricien n’est pas le plus connu au monde et pour soutenir son émergence dans ce pays de 5 millions d’habitants, l’un des coproducteurs, le belge Need, a
pu être partiellement financé par le tax shelter, par solidarité sans doute avec cette cinématographie improbable. Le film réalisé par une femme d’ascendance costaricienne et suédoise est monté de façon remarquable par Marie-Hélène Dozo, collaboratrice e.a. des frères Dardenne. La musique est due au Belge Ruben De Gheselle, un nom à retenir !
La directrice de la photographie est danoise et avait été remarquée pour Pleasure (877).
Vous l’avez compris, ce film-ci est aussi une démarche émancipatrice des femmes, tant dans leurs dimensions spirituelles que sexuelles. Ne craignez rien de choquant à cet égard, les scènes sont allusives, pleines de tact. Il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de montrer l’hystérie de cette petite communauté religieuse que ne doivent pas jalouser les pires débordements à Lourdes ou les scènes d’exorcisme. Cette femme, Clara Sola, va-t-elle trouver la voie de son émancipation ? C’est le mystère qui tient le spectateur en haleine dans un monde où la terre tremble et dont les codes ne nous sont guère familiers. Ce qui les rend plus mystérieux encore, peu clairs et solitaires.