Ce titre au confluent d’Agatha Christie pour Miss Marple et de Tchekhov pour Les Trois Sœurs évoque bien les univers qui nous sont proposés : la vie anglaise et militante de Eleanor, la troisième fille de Karl tout imprégnée des théories de son père, de ses racines allemandes et de cette atmosphère prérévolu-tionnaire des luttes sociales dans lesquelles elle jouera un rôle militant et féministe, précurseuse des Suffragettes, film dans lequel Romola Garai l’actrice qui incarne la fille Marx jouait déjà un rôle ! Cette excellente actrice me semble remarquable car totalement dépourvue de glamour, ce qui convient sans doute bien pour incarner une forme de féminisme naissant, qui renonce par exemple aux effets de maquillage.
Le film est écartelé entre le biopic de bonne facture et une recherche novatrice d’une écriture plus ou moins révolutionnaire elle aussi, que la réalisatrice définit comme rien moins que de punk. Il faut fouiller dans le fatras idéologique de ce mouvement inspiré des dadaïstes, des anarchistes, des promoteurs du do it your self, et autres, pour décoder ce type de démarches dans la construction du film. La bande sonore elle, ne laisse aucun
doute quant à la filiation proposée entre la description de l’idéologie fin XIXe et ses liens actuels rêvés par la réalisatrice hélas peu convaincante dans sa démarche. Ce qui n’enlève rien à l’intérêt essentiellement historique du film.
La réalisatrice a beaucoup œuvré déjà dans le cinématographe italien, de façon militante, sans jamais imposer encore semble-t-il, un œuvre majeure. Ce film-ci est cadencé par les dates mentionnées comme des intertitres malheureusement peu signifiants. D’autant que plusieurs fois des retours en arrière nous proposent des scènes de famille durant la jeunesse des trois sœurs. Il y a aussi un dispositif rare qui est utilisé, le regard de l’actrice qui s’adresse à la caméra comme pour s’exprimer directement aux spectateurs ; soit, chacun appréciera ce subterfuge. Il est le pendant des (longues) harangues qui sont filmées dans un décor paradoxal : du haut d’un escalier, entourée seulement par des hommes, Eleanor s’adresse à son public qu’elle essaye de convaincre de changer tout cela. Et dans le film nous avons droit à quelques images d’archives qui tendent de relier les époques ; pourquoi pas ? Plusieurs moments sont