Un film essentiel, austère, très important pour la perpétuation de la mémoire des moments les plus terribles qui ont jalonné l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Ici, l’enjeu de cette conférence tenue le 20 janvier 1942 n’était rien moins que l’élimination de 12 millions de juifs vivant en Europe. Et la moitié n’a pas survécu ! Il se trouve qu’un verbatim de cette réunion a été miraculeusement préservé et qu’il a pu servir à la rédaction du scénario, très classique. Le film commence le matin et se termine lorsqu’en fin de journée, les participants à cette monstrueuse conférence se quittent.
Certes le film est bavard puisque nous suivons tous les échanges qui eurent lieu durant cette conférence d’une durée de deux heures seulement, et ils obligent à une lecture frénétique des sous-titres. Mais l’on fait connaissance des personnalités saillantes qui sont ainsi réunies, dont le jeune Eichmann qui deviendra la personnalité emblématique de cette « solution finale » lors de son procès en Israël.
Tous les acteurs sont d’une glaçante perfection, sanglés dans leurs uniformes ou leurs costumes croisés, et nous essayons de savoir qui est qui, quelle est leur position entre les commandements militaires, les autorités civiles et autres fonctions dont les énoncés sont tellement longs à chaque fois qu’il faut presque deux sous-titres pour en arriver au bout sans que l’on ne comprenne d’ailleurs le sens exacte de chacune d’elles. Le président de cette conférence est Reinhard Heydrich, SS-Obergruppenführer et directeur du RSHA, le Reichssicherheitshauptamt, nazi qui avait montré son talent e.a. lors de La Nuit des Longs Couteaux en 1934.
La qualité des images contribue à donner au film un air glaçant et l’absence de musique comme de toute scène de diversion font de ce récit ce qu’il convient sans doute qu’il soit : une contribution importante à la compréhension d’une histoire incompréhensible et dont la guerre en Ukraine rend urgente la nécessité de raisonner ses questions dramatiquement essentielles.