Apprêtez-vous à rencontrer toute la famille ! Et dans un climat que les morts accidentelles rendent très pesant. Le ton du film est très puissant, hystérique, si l’on entre dans ce climat psychiatrique allant de déchirements en esprit de vengeance, d’immersions entre la Bible et la Torah, de moments de solitudes et de confrontations, tout ce qui crée un climat mauriacien douloureux dans une famille qui pourrait être n’importe laquelle. Une sœur ainée admirablement campée par Marion Cotillard que j’ai trouvée convaincante, malgré sa petite moue qui ressert à chaque personnage, la lèvre supérieure un peu ourlée, comme dédaigneuse. Mais cela convient parfaitement à ce double rôle qu’elle tient, comme actrice de théâtre, comme membre de cette famille.
Melvil Poupaud, le frère, s’impose tant par son talent que par l’âpre-té de son personnage, un peu trop exhibitionniste selon moi, avec une séquence « planante » dont le réalisateur aurait pu faire l’économie car il y a là un étrange mélange de genre dans un film « psychologique » à introduire un moment d’onirisme façon Peter Pan. Patrick Timsit en fait trois tonnes, mais il le fait très bien.
Irina Lubtchansky crée des images très travaillées, classiques peut-être mais qui m’ont semblées tout à fait en adéquation avec la démarche de l’auteur avec lequel elle a collaboré à de nombreuses reprises. C’est la fille de William, le chef opérateur vedette lorsque je commençais à travailler dans le cinéma : assistant de Willy Kurant, il a éclairé ensuite nombre de films de Godard, Rivet,
Mocky, Varda, Doillon et tant d’autres. Sa fille n’a rien à lui envier me semble-t-il !
Grégoire Hetzel est, une nouvelle fois, le compositeur très talentueux pour un film de Desplechin, mais il a collaboré avec bien d’autre : Villeneuve, Amalric, Anne Fontaine, Corsini, Garcia e.a. Sa musique « fonctionne » de façon toujours en parfaite cohérence avec cette histoire très tourmentée.
Il me semble que Arnaud Desplechin a voulu bourrer son film comme l’on bourre une valise pour quitter définitivement un moment de sa vie dont on veut s’affranchir. Et le spectateur trouvera dans ce bagage des souvenirs douloureux, des choses plausibles, que l’on a connu au fil du temps lorsque l’on sait un peu de la vie. Desplechin est devenu une tête de Turc du cinéma français que chacun piétine sans vergogne, et dans ce cas, me semble-t-il, sans raison. Les Fantômes d’Ismaël (408), Roubaix, une lumière (705) Tromperie (969). Certains le porte aux nues. C’est toujours le signe d’une œuvre forte, ici dans une expression que je trouve personnellement digne d’intérêt. Même si quelques éléments de l’histoire fonctionnent comme des gargouilles, détachées de l’édifice principal.
Et pour compléter les points d’attention que mérite ce film, il y a cet arrière-goût du très chrétien « pardon » qui est un peu la basse continue de ce sujet polyphonique.