Heu… Le film débute de façon très prometteuse : nous allons être immergés dans la problématique de la culpabilité, de la résilience, de l’emprise et du remords, du pardon et de l’oubli. Pour cela deux chronologies se succèdent : celle du quotidien d’une femme qui part prendre quelque repos. Et celle du passé traumatique de cette dame qui ressurgit de loin en loin. L’image est d’une exquise beauté, façon campagne anglaise avec ses cottages, ses grands espaces verts et fleuris qui appellent à la promenade. Et à partir de là, le quotidien de cette jeune femme va basculer dans le film d’épouvante, d’horreur, utilisant par paliers, toute la fascinante panoplie des bizarreries les plus convenues. Et les plus outrancières ; c’est la loi du genre. C’est filmé et sonorisé avec une mai-trise remarquable et l’interprétation de Jessie Buckley m’a parue convaincante en ceci qu’elle ne verse jamais dans la bouffonnerie alors que les séquences sont nombreuses qui l’y pousseraient. Nous l’avions appréciée dans The Lost Daughter (896) où elle n’assumait rien moins que le personnage de Olivia Colman jeune ! Et le rôle de Rosalyn Wilder dans Judy (741). Le réalisateur a une carrière déjà remarquée comme romancier, scénariste et réalisateur. Ici il se vautre dans le cinéma d’horreur en utilisant tous les poncifs du genre, mais avec des intentions que certains considèrent comme
féministes. Le titre Men ne suggère-t-il pas en généralisant, que les hommes, c’est le mal ? Et la tendre jeune femme, Eve fragile, l’objet de toutes les perversions ? Un pommier jouera le rôle du signal biblique incontournable et une église, son pasteur, seront e.a. les éléments de lubricité mortifère qui font entrer le film dans une catégorie très convenue et qui ne convient pas à tout le monde. Il faut admirer l’exceptionnelle performance de Rory Kinnear qui assume tous les rôles masculins, et cela ne se voit pas ! Acteur dont la carrière est riche, il réussit ici une prestation très remarquable. Il faut aussi avoir envie de voir la façon dont le film est scénarisé, filmé et sonorisé de manière très travaillée, pour surmonter des moments qui, même s’ils sont supposés faire référence au martyr christique, n’en relèvent pas moins de l’atelier de boucherie ou d’une salle d’accouchement imaginée par Jérôme Bosch. Quelques longueurs et des scènes un peu répétitives font penser que pour défendre les visions féministes de la relation homme/femme, ce sont sans doute ces dernières qui sont les plus douées. Inclinons-nous ici sur les qualités et les performances de la réalisation. Pour ce qui est du message, chacun le décryptera selon ses convictions.