Un film puissant et rare, très impressionnant et le commentaire odieux de Monsieurheu Hugesheu Dayez à la RTBF en atteste puisqu’il le déteste.
https://www.rtbf.be/article/les-critiques-dhugues-dayez-peter-von-kant-the-last-bus-et-fire-of-love-11026222
François Ozon est l’un des réalisateurs les plus prolifiques et talentueux de ces dernières années, plus de 20 films en 25 ans, dont Jeune et jolie (33) Frantz (300) L’Amant double (414) Grâce à Dieu (631) Été 85 (631) Tout s’est bien passé (853) et personne n’a oublié Huit femmes en 2001 déjà. Il n’est de secret pour personne que Ozon affiche son homosexualité et ici, c’est le portrait d’un homme partageant ce choix qui est fait, inspiré d’une pièce de théâtre adaptée déjà par son auteur Fasbinder au cinéma sous le titre de Die bitteren Tränen der Petra von Kant. Petra/Peter, on a compris qu’il s’agit d’une allusion.
Mais si l’on regarde le film pour lui-même l’on ne peut qu’être impressionné par sa force singulière. Elle est générée par plusieurs éléments très maîtrisés. Le huis-clos théâtral, hormis de brefs plans extérieurs en toute fin d’histoire. Le ton (au sens musical du terme) choisi pour faire parler tous les acteurs (5) qui s’expriment d’une façon très singulière, excessive, mais parfaitement alunissons. Le décor et l’admirable mise en lumière par Manuel Dacosse, un chef opérateur belge très talentueux qui n’en est pas à son premier film avec Ozon (*Grâce à Dieu, L’Amant double). Les costumes sont très significativement choisis et ajoutent à l’ambiance exaspérée qui est décrite entre les protagonistes. Nous sommes dans les années 70.
Alors la passion, singulièrement entre un mentor et son giton, peut passer pour une banalité sauf si elle touche, comme ici, au cœur même de ce qu’est la passion amoureuse et charnelle. C’est admirablement montré au prix d’un peu d’hystérie, d’outrance et de douleurs.
C’est Denis Ménochet qui, tel un colosse, porte le film sur ses larges épaules. Acteur césarisé déjà avec Ozon (*Grâce à Dieu) ou Jusqu’à la garde (479) il a tourné avec Quentin Tarantino, Ridley Scott, Wes Anderson, e.a., excusez du peu ! Il nous livre ici un portrait complexe et tourmenté de la souffrance et de la méchanceté, mêlées de façon originale.
Isabelle Adjani fait une prestation de prima dona excellente et Hanna Schygulla nous campe une mère étonnante. C’est la jeune Aminthe Audiard, la fille, qui apporte plus particulièrement une touche d’étrangeté dans le personnage de jeune fille qu’elle incarne avec un comportement d’une maturité qui contraste avec son âge. Être l’arrière-petite-fille de Michel et la petite-nièce de Jacques rappelle que bon sang ne saurait mentir*… Quel talent précoce ! Le jeune amant, Khalil Gharbia est fascinant comme une représentation de Saint-Sébastien ou d’un christ en croix. Et ce que chante Adjani souligne cette passion : Chacun tue ce qu’il aime. Il faut dire que l’alcool et la cocaïne aident un peu à se détruire.
L’affiche française inspirée de Andy Warhol me semble significative ; celle en Belgique me semble complètement à côté du sujet, vaguement inspirée des traits de Cocteau. Le titre et l’affiche risque de détourner le public de ce film qu’il serait très dommage de ne pas aller voir ; il est très marquant.